En bref. Le plan d’épargne entreprise bloque les sommes cinq ans, le plan d’épargne retraite collectif jusqu’à la retraite. Tous deux peuvent être abondés par l’entreprise, avec un régime social et fiscal avantageux pour le salarié comme pour le dirigeant.
L’épargne salariale est souvent perçue comme un dispositif de grande entreprise. Elle est pourtant ouverte aux structures de petite taille, dirigeant compris, et constitue l’un des rares mécanismes permettant de se verser une somme avec un traitement social allégé.
Les deux enveloppes
| Plan d’épargne entreprise | Plan d’épargne retraite collectif | |
|---|---|---|
| Durée de blocage | Cinq ans par versement | Jusqu’à la retraite |
| Objectif | Épargne de moyen terme | Complément de retraite |
| Abondement de l’entreprise | Oui, plafonné | Oui, plafond distinct et plus élevé |
| Sortie | Capital | Capital ou rente, au choix selon les cas |
| Déblocages anticipés | Liste de cas prévus par la loi | Liste plus restreinte, avec l’achat de la résidence principale |
Les deux dispositifs se cumulent : une même entreprise peut proposer les deux, et un salarié peut être abondé sur chacun d’eux dans la limite des plafonds propres à chacun.
Ce qui alimente les plans
- Les versements volontaires du salarié ou du dirigeant.
- L’intéressement, lié aux performances de l’entreprise, dont le placement sur un plan permet d’éviter l’imposition immédiate.
- La participation, obligatoire au-delà d’un certain effectif et facultative en deçà.
- L’abondement de l’entreprise, versement complémentaire proportionnel à l’effort du bénéficiaire.
- Les jours de repos non pris, dans les limites prévues par les accords.
- Le transfert depuis un ancien plan ou un autre produit d’épargne retraite.
L’abondement, le vrai levier
C’est le mécanisme central : l’entreprise complète le versement du bénéficiaire, dans la limite d’un pourcentage de ce versement et d’un plafond exprimé en fraction du plafond annuel de la sécurité sociale, revalorisé chaque année. Deux caractéristiques en font l’intérêt :
- Pour l’entreprise, l’abondement est une charge déductible, soumise à un régime social spécifique plus léger que celui du salaire.
- Pour le bénéficiaire, il n’est pas soumis à l’impôt sur le revenu, seuls les prélèvements sociaux s’appliquant.
Les plafonds étant fixés par la loi et indexés, ils doivent être vérifiés chaque année avant de calibrer un versement.
Le cas du dirigeant de petite structure
C’est la configuration la moins connue et souvent la plus intéressante. Dans les entreprises employant au moins un salarié et jusqu’à un certain effectif, le dirigeant — ainsi que, sous conditions, son conjoint collaborateur ou associé — peut bénéficier des mêmes dispositifs que les salariés.
L’abondement dont il bénéficie suit alors le même traitement que celui des salariés. Comparé à une rémunération ou à des dividendes, l’écart de coût global est significatif — sujet développé dans notre article sur la rémunération du dirigeant.
Deux conditions à respecter impérativement : l’entreprise doit employer au moins un salarié en plus du dirigeant, et le dispositif doit bénéficier à l’ensemble du personnel selon des règles identiques.
Les cas de déblocage anticipé
Le blocage est plus théorique qu’il n’y paraît, tant les cas de sortie anticipée sont nombreux pour le plan d’épargne entreprise : mariage ou PACS, naissance ou adoption à partir du troisième enfant, divorce avec garde d’enfant, acquisition ou agrandissement de la résidence principale, cessation du contrat de travail, création ou reprise d’entreprise, invalidité, décès, surendettement, violences conjugales.
Pour le plan retraite collectif, la liste est plus courte : elle inclut notamment l’achat de la résidence principale et les accidents de la vie. C’est cette différence qui justifie de répartir son effort entre les deux enveloppes plutôt que de tout concentrer sur l’une.
La fiscalité à la sortie
- Plan d’épargne entreprise : le capital est exonéré d’impôt sur le revenu, les gains supportant les prélèvements sociaux.
- Plan retraite collectif : le régime dépend de l’origine des sommes — versements volontaires déduits ou non, épargne salariale, transferts — et du mode de sortie retenu, capital ou rente.
Cette dernière complexité justifie de suivre l’origine des versements dans le temps : c’est elle qui déterminera le traitement fiscal à la sortie. La logique d’ensemble rejoint celle du plan d’épargne retraite individuel, et le choix des supports celle exposée dans notre article gestion pilotée ou gestion libre.
Des informations générales sur l’épargne retraite sont publiées par l’Autorité des marchés financiers.
Mettre en place le dispositif
- Choisir un teneur de compte et comparer les frais, souvent très différents d’un prestataire à l’autre.
- Rédiger un accord ou une décision unilatérale, selon la taille de l’entreprise et la présence de représentants du personnel.
- Définir la formule d’abondement et la communiquer clairement.
- Sélectionner la gamme de supports, en veillant à proposer une option prudente et une option de long terme.
- Assurer l’information annuelle des bénéficiaires, obligation trop souvent négligée.
Côté employeur, la mise en place obéit à un formalisme précis et ouvre des avantages sociaux : le PER d’entreprise collectif.
L’abondement suit un régime social spécifique, à intégrer aux obligations déclaratives : l’essentiel des obligations de l’employeur.
Questions fréquentes
Une entreprise sans salarié peut-elle en mettre un en place ?
Non. La présence d’au moins un salarié distinct du dirigeant est requise. C’est la condition la plus souvent bloquante pour les structures unipersonnelles.
L’abondement est-il obligatoire ?
Non, il est facultatif et modulable. L’entreprise peut le suspendre ou le modifier pour l’avenir, dans les formes prévues par l’accord.
Que deviennent les sommes en cas de départ ?
Elles restent acquises au bénéficiaire, qui peut les conserver dans le plan ou les transférer. Les frais de tenue de compte peuvent alors lui être facturés.
Peut-on transférer un ancien plan retraite ?
Les transferts entre produits d’épargne retraite sont possibles selon des règles précises. Ils méritent d’être examinés au cas par cas, notamment au regard des garanties perdues ou acquises.
Conclusion
L’épargne salariale reste l’un des dispositifs les plus efficaces pour transformer un effort d’épargne en patrimoine, avec un traitement social allégé. Elle mérite d’être examinée par toute entreprise employant au moins un salarié, y compris — et surtout — pour son dirigeant. Les plafonds relevant de la loi, faites-les vérifier avant de calibrer les versements.
