Introduction
La retraite d’un dirigeant ne ressemble à aucune autre. Là où le salarié cadre peut compter sur une complémentaire AGIRC-ARRCO bien alimentée, le chef d’entreprise — qu’il soit gérant TNS, président de SAS ou professionnel libéral — cotise à des régimes qui génèrent des taux de remplacement structurellement faibles. La réalité est parfois brutale : sans préparation active, la chute de revenus au moment du départ à la retraite peut atteindre 60 à 70 % du dernier revenu professionnel.
Depuis la loi PACTE de 2019, le Plan Épargne Retraite (PER) s’est imposé comme l’outil central de la préparation retraite du dirigeant. Il remplace et unifie les anciens contrats PERP, Madelin, Article 83 et PERCO dans une enveloppe unique, plus souple, plus puissante et fiscalement avantageuse.
Mais souscrire un PER est une chose. Le structurer correctement en est une autre. Ce guide vous donne les clés pour exploiter tout le potentiel du PER selon votre situation.
1. Les bases : comment fonctionne le PER ?
Le PER est une enveloppe d’épargne retraite qui fonctionne en deux temps :
Phase d’accumulation — Vous effectuez des versements, déductibles de votre revenu imposable. Les sommes sont investies sur les supports de votre choix (fonds en euros, unités de compte, private equity). Les gains capitalisent sans être imposés chaque année.
Phase de restitution — À partir de l’âge de la retraite, vous récupérez votre épargne sous forme de capital (en une fois ou de façon fractionnée), de rente viagère, ou en combinant les deux.
Le PER se décline en trois compartiments selon la source des versements :
| Compartiment | Nom | Alimentation |
|---|---|---|
| PER individuel | PERIN | Versements volontaires personnels |
| PER d’entreprise collectif | PERECO / PERCOL | Épargne salariale (intéressement, participation, abondement) |
| PER d’entreprise obligatoire | PERO | Cotisations obligatoires entreprise + salarié |
En pratique, la plupart des dirigeants utilisent principalement le PERIN pour leurs versements volontaires, et mettent en place un PERECO pour bénéficier des avantages sociaux de l’épargne salariale.
2. Les plafonds de déduction : tout ce que vous devez savoir
C’est ici que réside la véritable valeur ajoutée du conseil. Les plafonds diffèrent selon votre statut, et leur optimisation peut représenter plusieurs dizaines de milliers d’euros d’économie d’impôt par an.
Pour les TNS (gérants majoritaires de SARL, entrepreneurs individuels, professions libérales), la formule du plafond est la suivante :
10 % du bénéfice imposable (plafonné à 8 PASS)
+ 15 % du bénéfice imposable sur la fraction entre 1 et 8 PASS
En 2026, le PASS est de 47 100 €. Pour un dirigeant TNS avec un bénéfice de 200 000 € :
→ 10 % × 200 000 € = 20 000 €
→ 15 % × (200 000 € − 47 100 €) = 22 935 €
→ Plafond total : 42 935 €
Pour les assimilés salariés (présidents SAS, SASU), le plafond est de 10 % de la rémunération nette imposable, dans la limite de 10 % × 8 PASS (≈ 37 680 € en 2026).
⚠️ Important : le plafond assimilé salarié est significativement inférieur à celui des TNS. Si vous êtes en SAS et que votre rémunération est élevée, la mise en place d’un PERECO avec abondement peut compenser cette différence.
Pour un dirigeant à la TMI de 41 %, l’impact fiscal réel des versements PER :
| Versement PER | Économie d’impôt immédiate (TMI 41 %) |
|---|---|
| 10 000 € | 4 100 € |
| 20 000 € | 8 200 € |
| 40 000 € | 16 400 € |
| 80 000 € (plafond TNS max) | 32 800 € |
Autrement dit : l’État finance une part significative de votre retraite via l’économie d’impôt.
85 000 €
60 – 70 %
3 ans


3. Les 5 stratégies avancées d'alimentation du PER
Stratégie 1 — Rattraper les plafonds des 3 années précédentes
Les plafonds non utilisés au cours des 3 années précédentes se reportent et s’accumulent. Lors d’une bonne année (forte rentabilité, dividendes exceptionnels, prime de cession), il est possible d’effectuer un versement massif en mobilisant ces plafonds dormants.
Exemple : un dirigeant qui n’a pas versé pendant 3 ans dispose potentiellement de 3 × son plafond annuel en plus de son plafond de l’année en cours. Sur 4 ans de plafonds cumulés à 40 000 €/an, il peut verser 160 000 € en une seule fois et déduire l’intégralité.
💡 Conseil Citrus Patrimoine : cette stratégie est particulièrement efficace l’année précédant une cession d’entreprise — souvent l’année du pic de revenus.
Stratégie 2 — Mutualiser les plafonds dans le couple
Si vous êtes marié(e) ou pacsé(e) et faites une déclaration commune, vous pouvez utiliser le plafond non consommé de votre conjoint. Votre plafond est de 40 000 €. Votre conjoint(e), salarié(e), a un plafond de 15 000 € dont il/elle n’a utilisé que 5 000 €. Vous pouvez « récupérer » les 10 000 € non utilisés et porter votre déduction totale à 50 000 €.
Stratégie 3 — Le PERECO avec abondement de l’entreprise
La mise en place d’un PERECO permet à l’entreprise d’abonder les versements jusqu’à 300 % du versement volontaire. L’abondement est exonéré de charges sociales patronales jusqu’à 16 % du PASS (≈ 7 536 € en 2026). Double avantage : déductible du résultat pour l’entreprise, exonéré de charges et d’impôt à l’entrée pour le dirigeant.
Stratégie 4 — Intégration des primes de partage de la valeur
Depuis la loi Partage de la valeur de novembre 2023, les entreprises de moins de 50 salariés peuvent verser des primes sur un PER avec exonération d’impôt sur le revenu jusqu’à 3 000 € (ou 6 000 € sous conditions) jusqu’à fin 2026. Une fenêtre à ne pas manquer.
Stratégie 5 — Le transfert d’anciens contrats
Vous disposez d’un ancien contrat Madelin, PERP ou Article 83 ? Ces encours peuvent être transférés vers votre PER pour simplifier la gestion. Attention : certains anciens contrats Madelin garantissent des taux de rente technique élevés (jusqu’à 3,5 %) qui ne seront plus disponibles après transfert. Analyse préalable indispensable.

4. La sortie du PER : capital, rente ou les deux ?
Contrairement aux anciens contrats Madelin (sortie obligatoire en rente), le PER permet une sortie totale ou partielle en capital. C’est l’une des raisons de son succès.
Fiscalité à la sortie en capital : la part correspondant aux versements déductibles est imposée à l’impôt sur le revenu (avec un abattement de 10 %). Les plus-values sont soumises au PFU de 30 %. La stratégie optimale consiste à fractionner les rachats sur plusieurs années pour lisser l’imposition.
Sortie en rente : la rente viagère est imposée selon le régime RVTO — seule une fraction est imposable (40 % entre 60 et 69 ans, 30 % après 70 ans). Option pertinente si vous souhaitez sécuriser un revenu à vie.
Sortie anticipée — les 5 cas de déblocage exceptionnel :
- Acquisition de la résidence principale (compartiment versements volontaires uniquement)
- Décès du conjoint ou partenaire de PACS
- Invalidité (2e ou 3e catégorie)
- Surendettement
- Expiration des droits au chômage / liquidation judiciaire de l’activité non salariée
Le PER est aujourd’hui l’outil le plus puissant à la disposition du dirigeant pour préparer sa retraite tout en réduisant son impôt dès maintenant. Mais son efficacité dépend entièrement de la qualité de son architecture : bon contrat, bonne allocation, bons plafonds mobilisés, bonne stratégie de sortie.


5. PER et cession d'entreprise : la fenêtre d'opportunité
La cession d’entreprise est souvent l’année de tous les records en termes de revenus imposables. C’est précisément le moment où une stratégie PER bien préparée peut générer des économies d’impôt massives.
Levier 1 — Versement massif sur le PER l’année de la cession
En cumulant le plafond de l’année en cours et les plafonds des 3 années précédentes, un versement de 100 000 € à 160 000 € peut être intégralement déductible du revenu imposable.
Levier 2 — Apport-cession (article 150-0 B ter du CGI)
Avant la cession, les titres sont apportés à une holding contrôlée par le dirigeant. La plus-value est placée en report d’imposition. La holding réinvestit ensuite 60 % du produit dans des actifs économiques éligibles. Ces deux leviers peuvent se cumuler pour réduire significativement l’impact fiscal de l’année de cession.
6. Les pièges à éviter
Piège 1 — Choisir le mauvais contrat
Tous les PER ne se valent pas. Les frais sur versements (jusqu’à 5 % chez certains acteurs bancaires) et les frais de gestion annuels élevés peuvent anéantir une partie de l’avantage fiscal. Optez pour des contrats à architecture ouverte avec des frais transparents.
Piège 2 — Ne pas vérifier les plafonds disponibles avant de verser
Un versement en excès de plafond n’est pas déductible. Consultez systématiquement votre avis d’imposition (case « plafond épargne retraite disponible ») avant tout versement important.
Piège 3 — Transférer un ancien contrat Madelin sans analyse préalable
Certains contrats Madelin anciens garantissent des taux de conversion en rente très favorables. Transférer fait perdre définitivement cette garantie.
Piège 4 — Ignorer l’impact fiscal à la sortie
L’avantage fiscal à l’entrée est réel, mais les sommes seront imposées à la sortie. La stratégie doit intégrer une projection du taux d’imposition à la retraite.
Piège 5 — Laisser l’allocation en fonds monétaires par défaut
Sur 20 ans, une allocation trop prudente peut coûter plusieurs centaines de milliers d’euros de capital non constitué. L’allocation doit être revue régulièrement.
Ce que Citrus Patrimoine fait pour vous
La valeur ajoutée de notre accompagnement sur le PER ne réside pas dans la souscription d’un contrat — c’est simple. Elle réside dans :
- L’audit précis de vos plafonds disponibles (y compris les 3 années de report) en coordination avec votre expert-comptable
- La recommandation du bon type de PER selon votre statut (PERIN, PERECO, PERO) et les leviers disponibles
- La sélection du contrat parmi nos partenaires sur la base des frais, de la qualité des fonds et de la solidité de l’assureur
- La construction de l’allocation selon votre profil de risque et votre horizon de retraite
- L’intégration dans votre stratégie globale : holding, assurance vie, immobilier, cession — le PER n’est qu’une pièce du puzzle
Conclusion
Le PER est aujourd’hui l’outil le plus puissant à la disposition du dirigeant pour préparer sa retraite tout en réduisant son impôt dès maintenant. Mais son efficacité dépend entièrement de la qualité de son architecture : bon contrat, bonne allocation, bons plafonds mobilisés, bonne stratégie de sortie.
Ne laissez pas passer chaque année sans avoir optimisé vos versements. Les plafonds non utilisés sont une économie d’impôt perdue à jamais au-delà de 3 ans.

